Le cimetière au cœur de la mémoire


1er Novembre 2011

 

Plus d'un Français sur deux s'y rendra aujourd'hui pour honorer ses disparus. Une tradition qui s'adapte peu à peu aux nouveaux rituels funéraires, et notamment à la crémation.  

 

9 Français sur 10 se rendent au moins une fois par an au cimetière. Mais, avec le développement de la crémation, l'heure est à l'imagination pour trouver d'autres lieux de mémoire. PH. TARIS Aujourd'hui ce n'est pas la fête des morts, mais la célébration par l'Église catholique de la fête de tous les saints. Pas forcément ceux qui ont été estampillés officiellement, mais la foule innombrable de ceux et de celles qui ont été de « vivants et lumineux témoins du Christ ». Reste que dans la tradition populaire, qui a aussi annexé les fêtes religieuses en les intégrant aux habitudes laïques, la confusion se perpétue, et les 23 millions de pots de chrysanthèmes vendus chaque année en France (lire aussi en page 4) seront en grande partie déposés dans des cimetières ou autres lieux de recueillement dédiés aux morts en cette Toussaint.

 

7 personnes sur 10 En ce jour où les vivants se souviennent des morts, la société marchande reste très présente en nous inondant de sondages et autres enquêtes sur la façon dont « le mort saisit le vif ». Si l'on en croit la dernière du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), « traditionnellement, le cimetière était le cœur du travail de mémoire. Aujourd'hui encore, près de 9 Français sur 10 s'y rendent au moins une fois dans l'année, 7 personnes sur 10 y allant au moins de temps en temps, à la Toussaint »

 

La perception du cimetière balance entre le psychologique - 35 % des personnes interrogées pensant t que c'est une façon de donner un lieu aux personnes disparues - et le social : c'est en effet un lieu de mémoire collective pour 33 % des individus interrogés.

 

Mais, d'après Fanette Recours, responsable de l'enquête du Credoc, « le cimetière est d'abord perçu comme une tradition pour 26 % des plus de 40 ans, en particulier pour les non-croyants » : « Cette notion de tradition est importante, parce que c'est elle qui continuera dans l'avenir à donner tout son sens à une cérémonie associant à la fois les personnes sensibles au sentiment religieux et les autres. Pour les générations qui n'ont plus de pratique religieuse sur laquelle se reposer, le cimetière correspond à un besoin de se rassurer en retrouvant le socle des valeurs de base. »

 

D'autres lieux Comme de plus en plus de Français (30 %) choisissent la crémation (lire ci-dessous), l'heure est à l'imagination pour trouver d'autres lieux de mémoire. C'est ainsi qu'est née l'association Les Arbres de mémoire. L'idée consiste à déposer les cendres au cœur des racines d'un arbre choisi parmi 12 essences. L'arbre grandit dans le « parc de mémoire », et une plaque botanique permet d'associer son nom à celui de la personne. L'arbre de mémoire pouvait d'ailleurs devenir un arbre de famille, la possibilité étant laissée de mettre cinq urnes de la même famille à son pied. Cette manière écologique de réinventer des lieux de mémoire et de recueillement n'a eu qu'un exemple français : à Angers. La législation sur la destination des cendres semble avoir porté un coup fatal à l'initiative.

 

D'autres cherchent à organiser « la vie d'après » Le site qui porte ce nom (www.laviedapres.com) planifie les messages à envoyer aux vivants lorsqu'on est soi-même mort et sauvegarde dans une médiathèque le patrimoine en numérique que l'on souhaite transmettre. Comme l'observe Fanette Recours, « le rapport à la mort abandonne de plus en plus le terrain social pour se privatiser ». D'ailleurs, depuis une dizaine d'années, un travail important d'information mais aussi de prévention sociale autour de la mort et du deuil s'effectue. C'est du reste ce que préconisait le docteur Michel Hanus, qui a dirigé la Société de thanatologie et fondé la fédération européenne Vivre son deuil. Le psychiatre, décédé le 2 avril 2010, insistait sur l'importance de la ritualisation, la nécessité de parler de la mort, en famille notamment. Précisant : « La pire des choses, en matière de deuil, c'est le silence. »

 

Lorsqu'il s'agit de traduire cette évolution pour ce qui concerne les obsèques, « les notions de service, explique Fanette Recours deviennent primordiales, puisque le psychologique domine l'ostentatoire. Et l'art funéraire, avec son cortège de produits, renvoie à l'image fortement contestée d'une commercialisation de la mort ».

 

« Il n'existe aucun médicament contre le deuil », assurait un ancien directeur de la communication des Pompes funèbres générales (PFG). « Seul le temps, inévaluable en durée, adoucit la douleur, sans jamais la supprimer. »

 

Reste que les rituels sont là pour adoucir, permettre la séparation et le début du deuil. Nombre de ceux qui ont cru tacler la douleur en supprimant les rituels ont dû affronter par la suite un retour psychologique dur à affronter.

 

Patrick Baudry ne dit pas autre chose quand il assure : « Le rituel funéraire permet l'expression dirigée de l'angoisse de mort en situant la mort à sa place et en affirmant la vie. »

 

 

 

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