Au pied des Arbres de Mémoire, à Pruillé, un lieu de repos écolo pour les défunts


Angers. Le Jeudi 1er Novembre 2007

 

Près de Feneu, un parc privé accueille les cendres des défunts. Mais une loi en suspens freine son développement et le menace de mort.Réginald Freuchet ne comprend pas cet acharnement contre « l’alternative écologique au cimetière ».

 

 

Maintenant ou à l’heure de notre mort ! La question se posera un jour. Fatalement. Elle tient du spirituel et du matériel : que faire de ce corps encombrant ? Et que faire, après les siècles des siècles, de ces milliards de corps qui s’entassent dans les cimetières ?

 

D’ores et déjà, un défunt français sur quatre est incinéré. « Et 41% des plus de 40 ans manifestent l’intention de l’être. Mais huit familles sur dix ne choisissent pas le cimetière comme lieu de destination pour les cendres de leurs défunts », argumente Réginald Freuchet, directeur des Arbres de Mémoire, un parc paysager de 4,5 hectares situé à Pruillé, entre Feneu et Grez-Neuville. 220 arbres de douze essences différentes y ont été planté en 2003. La canicule en a fait mourir certains, mais seul le chêne pédonculé a définitivement rendu l’âme. Chacun d’eux est destiné à accueillir une ou plusieurs urnes funéraires biodégradables, enfouies au pied du tronc.

 

Maintenant où à l’heure de notre mort

 

Pour Réginald Freuchet, le parc paysager cinéraire est « une véritable alternative écologique au cimetière .Il en existe 80 en suisse, 50 en Allemagne et un seul en France. C’est un concept qui ne demande qu’à vivre. Nous recevons vingt demandes par mois, de partout. Malheureusement, nous sommes sous la menace d’une loi liberticide ».

 

En juin 2006, deux ans après la création des Arbres de Mémoire, le Sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi (la loi Sueur) qui freine le développement du concept. « Monsieur Sueur veut tout renvoyer au cimetière », déplore Réginald Freuchet. L’Assemblée nationale n’a pas encore eu l’occasion d’examiner la proposition de loi, mais si elle l’adoptait à son tour, ce serait un enterrement de première classe pour les parcs cinéraires privés.

 

« Nous ne lâcherons pas »

 

« Nous ne lâcherons pas », assure Réginald Freuchet, malgré les difficultés économiques qu’il ne nie pas. Les contrats en cours sont loin de rentabiliser l’investissement (220000€). Même à 3900 € pour une concession de 90 ans. Ce tarif s’entend pour un arbre avec un rayon de trois mètres autour, et 700 € pour chaque urne supplémentaire.

 

« Une ordonnance présidentielle de 2005 autorise désormais la création des sites cinéraires via une délégation de service public, indique Réginald Freuchet.  Nous l’avons demandée à la communauté de communes du Lion-D’Angers. Sans succès. » En attendant que le paysage légal s’éclaircisse, les Arbres de Mémoire de Pruillé vivent une sorte de no law’s land : une terre sans loi. Mais pas sans foi.

 

Didier PAILLAT

 

 

Jacques veut « rester dans le cycle de la vie »

 

Artiste peintre à Brion, Jacques Dorient a acheté un « arbre de vie » dans le parc de Pruillé. Un chêne vert. « Pas parce que j’ai glandé toute ma vie, plaisante-t-il, mais parce que j’aime les chênes. Un arbre qui symbolise la sagesse, la force, la vigueur. » Et d’ajouter, toujours sur le ton de la plaisanterie : « En plus, sous les chênes, il pousse parfois des champignons ».

 

L’homme, « la soixantaine », a acheté l’année dernière une concession de 90 ans. « J’ai fait ce choix par rapport à mes parents, qui se sont fait incinérer. Avec mon frère, on ne savait pas quoi faire de leurs cendres. On les avait jetées dans l’Indre. La formule des arbres de mémoire m’a intéressé, car je suis pour la crémation ; c’est mieux, c’est plus propre. Et puis, j’ai une conception un philosophique de la vie : je crois au feu purificateur. »

 

« Toujours les morts avec les morts »

 

Se faire incinérer, oui, mais après ? Jacques n’avait pas envie que ses cendres aillent dans un columbarium. « Ca ressemble à des boites aux lettres. On se croirait dans une consigne de gare. » Il ne voulait pas non plus que ses cendres soient jetées dans un de ces espaces placés à coté des crématoriums : « C’est comme un cimetière. C’est toujours les morts avec les morts ».

 

Le concept du parc de mémoire l’a séduit : « Je suis proche de la nature ; on appartient à la nature. Finir en cendres, entre ciel et terre, ça me plaît assez. Et puis, c’est beau, c’est symbolique. Pour moi, c’est la meilleure formule pour finir sa vie. D’ailleurs, ma mort fait partie de la vie. J’aime mieux être brûlé que mangé par les vers ; c’est plus sain et plus propre ».

 

« Un arbre, c’est pas macabre »

 

« Et puis, continue Jacques Dorient, reposer éternellement au pied d’un arbre, ce n’ est pas macabre. On reste dans le cycle de la vie ; la nature est un grand tout. Après avoir partagé la vie des hommes, partager celle des arbres est une perspective séduisante et reposante. »

 

Sa femme, plus jeune que lui, « ira souffler sur ses cendres, assure-t-il. En attendant de le rejoindre au pied de son arbre. « Ca m’évitera d’aller dans le caveau de famille, où je n’ai pas tellement envie de leur tenir compagnie, dit-elle. J’y suis allée bien assez souvent quand j’étais adolescente. Je préférerais que mes neveux et nièces disent : « Tiens ! On va aller dans le parc dire bonjour à ma tante et à mon oncle ».

 

D.P

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