Le Figaro.fr: 1er Novembre 2010


Lundi 1er Novembre 2010

 

Le besoin de nouveaux rites funéraires Mots clés : Rites Funéraires, Deuil, Funérailles

 

Par Pascale Senk 01/11/2010 | Mise à jour : 16:36 Réactions (3) Les familles veulent mettre en scène des cérémonies qui leur ressemblent.  

 


 C'est au retour des obsèques d'un ami, brutalement décédé à l'âge de 37 ans, que Pierre-Henri Thérond a eu l'idée de créer une société concevant des cérémonies de funérailles alternatives, laïques et humanistes (www.gracefully.fr). «J'étais triste et en colère. Les rares paroles, mécaniques, que j'avais entendu prononcer par le célébrant n'avaient rien à voir avec celui qu'était Fabrice. Et rien de son univers n'avait pu être partagé par nous tous, qui grelottions de froid et de chagrin dans un environnement austère. Je me suis dit qu'il faudrait vraiment proposer autre chose aux familles endeuillées.»

 

 

Cet «autre chose», des rites alternatifs ou complémentaires au protocole religieux mais ne s'y opposant pas, semble répondre à une demande croissante des Français. Près de 45 % d'entre eux souhaitent désormais une cérémonie civile, selon un sondage Ifop pour la fondation PFG (Pompes funèbres générales). Dans les faits, le pourcentage est cependant inférieur. «Dans notre réseau national, un quart des familles touchées par un deuil demande une cérémonie civile», indique Jean Ruellan, directeur des relations publiques des Pompes funèbres générales (PFG). Selon le même sondage, 38 % des Français se disent toujours attachés au passage par un lieu de culte.

 

Néanmoins, la tendance à la cérémonie civile s'installe. «Les 40-69 ans préfèrent aujourd'hui un cérémonial plus intime et psychologique que social, autant lors de la célébration que dans le souvenir», note Fanette Recours dans une enquête du Credoc réalisée en octobre 2009 (Consommation et modes de vie) sur les rites funéraires.

 

«Célébrer une vie, pas une mort» Le détail intime, ce peut être une paire de chaussures de marche posées en évidence sur le cercueil de cette randonneuse. Ce peut être aussi l'annonce libellée ainsi par deux filles : «Notre père adorait la poésie. Alors, pour lui rendre hommage, venez réciter votre poème préféré.»

 

Il s'agit donc, à travers la mise en scène de la cérémonie mais aussi le choix du cercueil, la décoration du lieu, d'exprimer la singularité. Tant celle du défunt que celle du lien qui unissait chaque participant à lui. «Les familles cherchent à célébrer une vie, pas une mort», résume Pierre-Henri Thérond.

 

Certes, mais cela représente un vrai parcours du combattant. La législation impose que les obsèques aient lieu au plus tard six jours après le décès… Pour les familles déjà épuisées par la peine, concevoir des funérailles tout à la fois belles pour les invités, intimes pour les proches et authentiques pour le défunt, cela fait beaucoup en moins d'une semaine. C'est d'ailleurs pour cette raison que Pierre-Henri Thérond va jusqu'à proposer à chacun d'anticiper et concevoir ses funérailles… de son vivant.

 

En Angleterre et aux États-Unis, les métiers de celebrant, de licenced minister ou de funeral conductor sont courants depuis longtemps et en nombre croissant. En France, le secteur des pompes funèbres s'adapte peu à peu à cette nouvelle tendance. «Nous avons travaillé à l'élaboration d'un guide pour aider les familles et séquencer les moments de la cérémonie», explique Jean Ruellan. Accueil, évocation du défunt, défilé de photos, partage de souvenirs entre les proches, moment de recueillement puis d'adieu où l'on se rapproche du cercueil ou de l'urne… «Un ordre finalement assez proche de celui des célébrations religieuses», souligne Jean Ruellan. Pour alimenter cette liturgie laïque, l'entreprise des PFG vient aussi de sortir un recueil de 400 textes destinés à «construire un hommage à l'image du défunt». Les classiques (Dès l'aube…, de Victor Hugo) y côtoient un texte de Françoise Hardy ou une pensée de Lao-Tseu. Les personnels des entreprises de pompes funèbres se forment en parallèle à la fonction de maître de cérémonie. Une tâche délicate car leur premier rôle est commercial. Afin d'éviter le mélange des genres, la personne chargée de l'organisation n'est pas celle qui présente le devis.

 

À Paris, la société L'Autre Rive (www.autrerive.fr) a fait de cet accompagnement sa spécialité. «Avant, la mort faisait tellement peur que les familles déléguaient tout aux religieux et se soumettaient à des codes très classiques comme les fleurs en couronnes, explique Franck Vasseur, directeur. Aujourd'hui, nous pouvons célébrer des obsèques dans des théâtres, lire Le Petit Prince à l'église ou exposer des urnes en sel. Le rôle de nos maîtres de cérémonie est de soutenir et orchestrer cette créativité des familles.»

 

Nul doute que la hausse du nombre de crémations soit une des origines d'une telle libéralisation des rites funéraires. Pendant longtemps, la crémation était l'option choisie par les athées et les cérémonies se limitaient au transport de l'urne au cimetière. Or, aujourd'hui, elle attire des populations diverses, de tous âges et surtout de toutes confessions.

 

Le cercueil en bois, seul légal en France Le choix du cercueil ou de l'urne est l'un des éléments les plus importants de ce processus puisque c'est lui qui contiendra le corps. En Angleterre, des paniers d'osier, sortes de couffins pour défunts, ont le vent en poupe, ainsi que les feuilles de bananier tressées. Ces matériaux, à la fois peu coûteux et esthétiques, ont surtout une qualité écologique qui peut ajouter une valeur éthique et du sens aux funérailles. «En France, le bois est le seul matériau légal, tant pour l'inhumation que la crémation», regrette Franck Vasseur. La dispersion des cendres dans des jardins ou au pied d'arbres, comme le propose la société Arbres de mémoire (www.arbres-de-memoire.fr), est aussi perçue comme plus écologique dans la gestion de l'espace.

 

Ainsi, toutes les étapes des funérailles peuvent être revisitées. «L'essentiel, pour que le rituel soit respecté, conclut Pierre-Henri Thérond, c'est qu'il ait permis à chacun d'honorer l'âme du défunt et de lui dire au revoir à sa manière. Quand ils sortent de la cérémonie, les proches savent désormais que ce ne sera plus jamais comme avant, mais peuvent d'autant mieux accepter la perte de l'être cher.»

 

Par Pascale Senk

Contact


2, Avenue de La Fontaine 49070 Beaucouzé

Tél: 02.41.22.04.54
Fax: 02.41.48.87.38