Les funérailles, traditions et trouvailles


XXIe siècle. Mode de vie

Les funérailles, traditions et trouvailles

Du cimetière à l'OGM funéraire, quelques exemples du sort réservé aux morts au fil des siècles.

Par Corinne BENSIMON samedi 30 octobre 2004 (Liberation - 06:00)

 

Rien n'échappe à la mode, et surtout pas la mort. L'histoire ancienne et toute récente des cimetières d'Occident, ardemment fouillée depuis les années 60, en témoigne. Rome sème ses nécropoles hors la ville et la vie, plantant ses tombeaux de pierre le long des routes. Le Moyen Age accueille ses morts dans le giron de l'église, au coeur de la cité, promeut la mise en terre ­ l'inhumation ­ sous la sainte eau s'écoulant des saintes gouttières de l'édifice. Le cimetière paroissial, qui a d'abord l'allure d'un cloître, se mue en un forum enclos de murets : malgré ses fosses communes en perpétuel labour ­ la mort est le plus souvent anonyme ­, il devient lieu de vie et d'asile où tout se vend, y compris le sexe. 

 

Mouvement du cimetière rural. Le siècle des Lumières coupe court à cette familiarité du vivant et du mort, désormais obscène. Il en va d'une vision du monde, du clergé, et aussi de la salubrité publique et de la connaissance de la dynamique des épidémies. Le cimetière est donc extirpé de l'empire de l'église ­ douze fois séculaire ­ et expédié, comme à Rome, aux confins des villes, où il tombe dans le domaine communal et entre dans la modernité. Espace hygiénique, aéré de vastes allées, où les fosses communes perdent prise et l'anonymat des morts recule jusqu'à disparaître, il devient jardin strictement dédié au recueillement. Le monde latin le meuble de pierres tombales. Les Anglo-Saxons le cultivent, développant de nouvelles traditions «végétalistes» du funèbre. L'une d'elles en particulier, née outre-Atlantique au début du XIXe siècle, connaîtra un fabuleux destin. Il s'agit d'une école philosophique, le Mouvement du cimetière rural, selon laquelle le mort ancre les (sur)vivants dans les racines du monde ­ et accessoirement de la jeune patrie ­, la mort participant au cycle biologique naturel de la terre. Cette pensée animera le décorum «naturel» des plus célèbres cimetières nord-américains, inspirant même l'architecture méditative des allées de Central Park, à New York.

 

La «mort verte». Aujourd'hui, cet esprit du cimetière rural débarque en Europe sous la forme d'un avatar qui promet de faire florès. Revisité par l'écologie politique... et l'essor fulgurant de la crémation, il est la source d'une des tendances les plus innovantes au rayon de l'histoire funéraire moderne : l'option de la «mort verte». Ou, plus précisément, celle des Arbres de mémoire, nom de l'entreprise française qui a inauguré, en septembre, sur quatre hectares près d'Angers, le premier arboretum rimant avec funérarium et s'opposant à columbarium. A l'origine, un constat : la crémation, qui est à la hausse en Europe, n'offre aucun lieu de recueillement équivalant à l'espace de la tombe, aucun espace mémorable conciliant l'exigence de la nature et celui de la méditation. D'où l'idée de proposer aux proches du défunt la plantation d'un arbre au pied duquel les cendres seront placées, dans une urne biodégradable. Ni fleurs ni couronnes, juste une plaque au nom du défunt, un espace privatif le temps de la concession et la jouissance d'un lieu de nature... La formule, qui connaît un grand succès en Suisse (quarante sites ouverts en dix ans), est écologique en diable. Roselyne Bachelot était d'ailleurs de l'inauguration angevine. «Les cendres de la personne investissent les racines de l'arbre», résume le directeur de l'entreprise. C'est zen, et vert.

 

En Grande-Bretagne, deux artistes proposent un concept plus radical de résurrection écologique : greffer un fragment de l'ADN du défunt dans une cellule de pommier, qui donnera naissance, un jour, à un arbre transgénique, in memoriam. Ce projet d'OGM funéraire, exposé actuellement au Science Museum de Londres, plongera évidemment l'esprit écologique dans un dilemme profond, sinon éternel. Renaître OGM ou ne plus être...

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